• Tu as pris le groupe en cours de cette saison, comment as-tu préparé le travail physique avec eux pendant la trêve hivernale ?

On a repris le travail fin novembre à la trêve internationale. Les joueurs me connaissaient déjà de la saison précédente, ils savaient à quoi s’attendre.
L’idée de novembre à janvier était d’observer sur les matchs, et en parlant avec les joueurs, de voir les manquements et leviers sur lesquels nous pouvions travailler à l’intersaison pour faire une deuxième partie de saison qui correspondait aux attentes du club.

Nous nous sommes mis au travail en novembre en ayant identifié différents points clés sur lesquels travailler. Cela n’a pas pris tout de suite… Ça a mis 1 mois et demi car les joueurs étaient fatigués physiquement. On a donc plus travaillé dans l’immédiat sur les matchs du week-end.

Nous avons fait un bon travail avec les joueurs blessés de novembre à début janvier et sur l’intersaison, nous avons à la fois travaillé tant sur les niveaux de force que sur les forces explosives qui étaient en deçà de ce qui était attendu et des résultats de la saison précédente. Les séances étaient donc orientées autour de ces points.

Pour la condition physique, nous avons mis de côté ce qui est puissance maximale aérobie (PMA) traditionnelle. C’est-à-dire 15/15, 30/30, nous en avons fait quelques fois en rappel, mais ils avaient déjà fait cela sur toute la pré saison ainsi que la première partie de saison et cela n’avait pas donné satisfaction, même si c’est la meilleure manière de travailler pour terminer un match et pour avoir une bonne condition physique.

Mais nous avons fait le choix de pivoter vers quelque chose d’un peu plus intégré avec du ballon pour travailler à la fois les transmissions sur les basiques et de faire de la condition physique au travers de jeu intégré. De manière à ce que psychologiquement cela passe mieux et au final les résultats ont été au rendez-vous.

L’objectif était, que pour les premiers matchs retour, nous soyons au niveau pour la Proligue et cela a plutôt bien marché, d’où notre satisfaction sur ce point.

 

  • As-tu une vision plutôt individualiste ou collective de la préparation physique ? Quelle est ta manière de travailler ?

J’ai une vision très individualiste de la préparation physique. Je travaille principalement avec des athlètes individuels que cela soit en tennis, en football ou en athlétisme.

Dans le cadre d’une équipe, c’est un peu différent car ce sont différents petits groupes, voir par moments, je travaille sur un seul et même groupe. Mais j’ai très clairement une vision individualisée de l’entraînement avec beaucoup de testing au départ.

Je travaille sur la neurologie appliquée, tout ce qui est reprogrammation neuro posturale, j’analyse le besoin du sportif et de l’humain en face de moi pour performer dans son sport. Je pars de l’humain pour aller vers le sport donc c’est beaucoup plus individualisé que collectif.

Pour ma manière de travailler, c’est assez simple. L’idée c’est d’être une sorte de catalyseur et de rendre l’athlète le plus autonome et acteur de son projet. Donc je passe beaucoup de temps au téléphone et par messages et j’essaye vraiment de comprendre comment l’athlète se sent, fonctionne, et ce dont il a besoin.

Durant toute la 2e partie de la saison, j’ai travaillé et suivi l’équipe uniquement à distance à cause du covid et habitant au Luxembourg. C’est une façon de travailler assez unique et je crois que ça n’existe pas ailleurs. L’idée est simple : j’envoie des programmes d’entraînement sous format PDF avec un retour post séance et post semaine des joueurs, et je les fais ensuite évoluer en fonction des observations sur le match et des retours que les joueurs peuvent me faire par téléphone.

 

  • Comment décrirais-tu ta relation et tes responsabilités dans ton trio avec Denis et Louis ?

Mon objectif en tant que préparateur physique, c’est de faire en sorte que les coachs aient dans les mains des sportifs et donc des handballeurs qui soient capables de réaliser ce qui leur est demandé d’un point de vue technico tactique. Cela passe par un échange avec les coachs pour connaître leur vision du jeu ainsi que le schéma tactique mis en place etc.

Ensuite, de mon côté, je m’attelle à regarder quels individus composent l’équipe et quelle est la demande du hand qui transpire au travers du schéma tactique. Nous essayons de mettre en place quelque chose de réfléchi autour de cela, ce qui nous permet d’avoir des joueurs performants le week-end.

Le second objectif en corrélation avec le 1er, c’est de faire en sorte que les joueurs puissent s’entraîner le plus possible au handball parce que tu ne progresses qu’en jouant et pas uniquement en salle de musculation. Donc, pour faire progresser un handballeur, il faut qu’il joue le plus possible tout en essayant de limiter au maximum les blessures.
Les blessures ont été un gros point noir de la saison, j’essaie de comprendre pourquoi il y en a eu autant et nous essayons de réguler, de manière à ce que cela soit moins conséquent la saison prochaine et que nous ayons un effectif le plus complet possible tous les week-ends.

 

  • Pour toi, qu’est-ce que la crise sanitaire a apporté au niveau physique sur un effectif professionnel ?

Cela dépend vraiment des joueurs, je vais parler plutôt de manière générale et non pas que de l’équipe.
Il y a beaucoup de joueurs professionnels qui en ont profité pour mettre cette année « blanche » à profit, comme des athlètes en athlétisme ou en tennis qui ont travaillé de manière à se préparer pour la suite. Cela a très bien fonctionné puisque nous avons pu avoir des gros résultats, car nous avons pu passer par des gros paliers. Nous n’avons pas été pressés par le temps, il n’y avait plus de compétitions tous les week-ends, et c’est ce qui nous a permis d’avoir des cycles de préparation physique plus longs, ce qui n’arrive que très rarement.
Concernant l’effectif professionnel du SEHB, c’est compliqué pour moi de répondre, car je n’étais pas là pendant la reprise suite au COVID. Il y a quand même eu 4 mois d’arrêt donc je pense que ça a été très difficile à gérer d’un point de vue préparation physique.

C’était une intersaison très compliquée à l’été 2020, je n’étais pas là pour gérer cela donc je ne peux pas vraiment répondre, parce que je n’ai pas les billes pratiques et je n’ai pas le recul nécessaire. Je ne suivais que des athlètes individuels à ce moment-là donc je pense que cela a été compliqué. La reprise a dû être « délétère » parce que dans un sens, c’est comme si le joueur revenait d’une blessure de 4 mois (une grosse entorse ou quelque chose de ce type) et tu ne reviens pas tout de suite d’une grosse blessure de 4 mois. Mais néanmoins, ils devaient tout de suite enchaîner sur une pré saison pour être en forme sur les matchs.

Je pense que cela a été compliqué à gérer, le handball étant un sport intermittent avec des efforts très explosifs, les tendons et les articulations sont mises à rude épreuve et les joueurs doivent être préparés en amont à encaisser tous les chocs, tous les jumps et tous les shoots. C’était quelque chose de compliqué et il va falloir au fur et à mesure réguler. Cela passera par cette intersaison qui sera clé et charnière.

 

  • Question humour : quel est le joueur le plus attentif à tes conseils et aux exercices à effectuer ? Et celui qui rechigne le plus ?

La plupart des joueurs sont investis dans leur travail, chacun à son niveau mais les joueurs se connaissent, ils sont eux-mêmes dans leur corps. Chaque individualité et chaque psychologie sont à prendre en tant qu’individu à part entière et on arrive très bien à gérer les manières de faire de chacun.

Certains aiment beaucoup la musculation et la préparation physique, ils viennent plutôt des pays de l’Est et d’autres qui sont plus des Game Player qui vont vraiment y aller doucement pendant la semaine, mais il faut comprendre aussi que cela vient de petites douleurs. On arrive quand même à très bien travailler et avoir des résultats le week-end et le vendredi soir.